Mais avant de commencer ce portrait, ils nous étaient importants de faire un clin d'œil à notre ami Antoine, qui nous a quitté bien trop tôt, qui était lui aussi un surfeur majeur dans cette aventure du surf au Cap Fréhel. A cette occasion nous pensions qu'il était essentiel de signaler qu'une association a été mise en place récemment.
"Storm Surfing, c’était l’école de surf d’Antoine Mouillé, qu’il avait ouverte en 2017. Il trimbalait son sourire, son camion et sa remorque pleine de planches entre les caps d’Erquy et Fréhel. Son drapeau noir et blanc, flottait le plus souvent sur les plages de Sables d’Or ou Saint-Pabu où il a aidé nombreuses graines de surfeurs à tenir debout sur leur planche, avec patience et passion. "Storm Surfing", c’est aujourd’hui une association, montée par ses proches en fin d’année 2024 : ses potes surfeurs, qui ont voulu retrouver un peu l’âme bienveillante de leur ami en s’unissant autour de leur passion commune pour la glisse. Nitre association, fondée en hommage à Antoine, a pour vocation de promouvoir l'esprit du surf, l'amitié et le partage qu'Antoine prônait à travers son école de surf. Parce qu'Antoine s'est éteint brusquement, il y a tout juste un an, en décembre 2023, laissant derrière lui un grand vide pour tous les surfeurs du cap"
Cet entretien lui est dédié..
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Pour commencer, en quelle année remonte tes débuts en surf ? Et en tant que "découvreur" et "précurseur" de l'histoire du surf au Cap Fréhel, peux-tu nous parler de cette époque.
Tout a commencé avec le skate dans les années 1980 sur le parking de la cale à Fréhel Plage. On descendait le sens interdit, avec les voitures qui arrivaient en face. Au bout de plusieurs années, on voulait trouver un autre sport mais plutôt lié à la mer cette fois-ci. La planche à voile était trop chère, on s’est alors dit que le surf c’était possible. Mais à l’époque nous avions personne en qui se représenter, aucun modèle, car personne ne surfait dans le coin. Pas de magasin à moins de 45 kilomètres. Je me rends alors à "OKShape" à Saint-Brieuc rue de Gouédic, il n’y avait pas de surf, que des planches à voile. Le vendeur me dit “il n’y a pas de vagues là-bas, fais de la voile. Je voulais vraiment une planche de surf, alors il m’a proposé de la shaper lui-même, j’ai dit ok.. Il voulait me faire un Twin, j’ai dit "je voulais un truster", une fois la planche réalisée, il me propose seulement deux ailerons, il n'avait que ceux-là qui n’étaient pas identiques pour un truster, il me dit "comme tu débutes tu verras pas la différence".
La combinaison pas de problème, les bras ne me serraient pas, il me dit "quand tu rames, tes muscles vont gonfler et tu vas remplir ta combinaison". L’hiver, quand il faisait froid on essayait de mettre un bonnet de bain de piscine et pour les mains des gants mappa de cuisine. Petite anecdote, lorsque je partais surfer à vélo les locaux me disaient “Yann il n’y a pas de vent, tu n’auras pas de vagues”.Quand les conditions étaient bonnes, on partait tôt le matin à vélo avec deux amis "Manu et Fred" faire le tour des spots toute la journée et on rentrait le soir. On surfait 7 heures.
Au moment où on a eu des voitures, on les cachait pour ne pas montrer où on allait surfer. Avec mon premier pote qui faisait du surf, on allait là où il y avait du vent de force 7. On shore, nous avions aucun repère. Un jour, lors d’une session de skate on décide de marcher le long de la plage et là, incroyable, c’était calme, pas de vent, la mer plate et d’un coup une vague d’un mètre parfaite comme dans les magazines (que l’on avait du mal à se procurer comme “Surfer” ou “Surfing”). A ce moment on a découvert le spot, les grèves d’en bas, avec le temps on a compris comment fonctionnait le spot.
Pour les prévisions météorologiques, on sortait de l’eau à 20h pour écouter France Inter et la belle voix de Marie Pierre Planchon. Sinon, nous allions au bourg de Fréhel au tabac, regarder la carte des dépressions et le seul journal avec ce type de carte c’était Le Monde, puis bien longtemps après le Télégramme et le Ouest France.
Anecdote : Comme il n’y avait pas de surf report j’avais fait le pari avec ma sœur Bina et les frères Rouget d’aller faire un aller retour à Hossegor et de surfer des vagues parfaites. Mais une fois arrivé, le vent de mer était de force 7, insurfable. On s’est alors rabattu sur une pizza.
Autre anecdote : mon prof au lycée de Dinan me prenait mes "Surfing magazine" pour regarder les filles de "Reef" en plein cours... Je partais en stop de Dinan pour surfer en plein midi, pas une voiture à l'époque, un tracteur passe je monte j'ai fait Dinan / Matignon en tracteur plein de bois pour aller surfer ça m’a pris des heures.
Qu'est ce que le surf t'a apporté en général.
Le Surf m’a fait découvrir tellement de choses : les voyages et de belles rencontres, mais également la musique, très important.
Quand je suis parti au Maroc avec un ami nommé Fred Queton qui avait un magasin de surf à Paris, pendant 1 mois en 1991, on a découvert dans un restaurant une cassette oubliée par des Californiens, c’était le premier album de Pearl Jam.
Viens par la suite la folie des vidéos Rip Curl et Billabong avec les "Smashing Pumpkins, Concrete Blonde, Celibate Rifles" etc.
Parlons destination de voyages. Bretagne Nord ou Sud ? des voyages qui t'ont marqués ? fait nous rêver.
Une destination en Bretagne ? A part notre vague magique du Cap je dirai Crozon où j’ai fait mon service militaire. Je dormais dans mon Opel Corsa pour pouvoir surfer le matin avant d’aller à la caserne. Le midi il était autorisé de sortir faire un footing seulement, donc je partais en courant, j'avais caché ma voiture plus loin et je partais surfer. Seulement un jour, je suis resté plus longtemps que prévu, du coup j'étais recherché partout dans la caserne. J'étais donné déserteur et j'ai failli finir en isolement. Bref, c’était en 1989 je crois. Et depuis les années 80, un passage obligé tous les ans par Hossegor et alentours.
Une destination qui m’a marquée c’est l’Australie. Tout y est pour se sentir à l’aise. J’y suis déjà allé plusieurs fois, l'accueil est remarquable, on découvre des concerts incroyables, le golf, le respect à l’eau, sauf à Snapper rocks (Coolangatta) où c’est blindé mais à faire.
Quels souvenirs sur l'ambiance et l'image que le surf véhiculait à l'époque.
Vers 1991 / 1992, la boulangerie de Plévenon fut cambriolée et des rumeurs disaient que c’étaient nous les jeunes surfeurs, en même temps que le film Point Break est sorti. A l'époque, j'avais un ami Hollandais qui travaillait sur un bateau et qui traversait la manche des Sables d’Or / Jersey. Un jour, il a laissé une planche chez moi, je l’ai déposé à l'accueil du port des Sables d’Or, et les rumeurs disaient que je déposais de la drogue cachée dans les planches de surf pour les vendre à des Hollandais. C’était l’image de l’époque qu'avaient les Locaux du Cap Fréhel. Aujourd’hui, les surfeurs ont une toute autre image, ils sont vus comme des personnes référentes.
A l’époque lorsqu’on venait de prendre une belle vague, on retournait au pic en laissant les copains prendre à leur tour la vague. Contrairement à maintenant, le surfeur prend une bombe, il revient et fait tout pour prendre la priorité et repartir sans se fier aux autres.
Un lieu à nous conseiller pour manger ou boire un verre après une session.
Où s’arrêter au Cap Fréhel ? Chez Sly au "café de la plage". Et pour manger, à "La Ribote" chez Bina qui m’a supporté, filmé et photographié depuis qu’elle a 12 ans, d’où la qualité de tous ses clichés. Et aussi chez Emanuelle, qui tient la crêperie "Le petit galet" à Plévenon.
Ton surfeur qui t'a inspiré ou t'inspire encore dans ton surf.
Surfeurs qui m’inspire : Mark Occhilupo, Luke Egan, Tom Curren, Kelly Slater.
Quels groupes ou musiques écoutes-tu avant une session.
Groupes fétiches avant d’aller à l’eau de nos jours : Interpol, GANGgajang, Xavier Rudd et Are Re Yaouank
Planche des débuts VS Planche actuelle.
Mot de la fin.
Pour finir, je souhaiterais remercier Fred Queton de nous avoir vendu des planches qui étaient pour l'époque celles des professionnels dans les années 80-90. Puis à partir des années 2000, Benoit Titine pour les JP Stark et les planches de Thomas Joncour qui m'ont permis de booster mon niveau.
Pour terminer Bina Ribote, ma soeur qui à travers ses photos et vidéos immortalise mes moments à l'eau depuis qu'elle a 12 ans.
(Merci à Yann pour sa confiance et son témoignage sur l'histoire du surf au Cap Fréhel, et aller savoir, peut-être y aura t-il une suite.. Car il y a encore beaucoup de choses à dire. Mais cela sera d'autres récits qu'il nous racontera plus tard, le temps nous le dira ou pas..😉
je tiens à te remercier d'avoir accepté de participer et de conclure ce projet qui me tenait à cœur, et dont tu étais une des personnes indissociables de cette aventure. Car tout comme avec la participation d'Hélène, sans vous deux, ce projet n'aurait assurément pas été pareil, alors pour ça, juste, un énorme merci.)
Quelques images en vrac que j'ai eu l'occasion de réaliser dernièrement.